mercredi 4 octobre 2017

Histoire de deux accouchements

« Le 25 mai dernier un vieux monsieur de 98 ans est mort sans qu'aucun média national n'en parle. Il était important pourtant. C'est grâce à ce monsieur là que nos enfants naissent aujourd'hui de manière plus douce, sans être frappés ou tenus la tête à l'envers par les pieds (on pensait alors qu'un nouveau-né devait hurler à la naissance). C'est grâce à Frédérick Leboyer qu'on pose le bébé sur le ventre de sa mère (ou de son père) quand il est sorti. On appelle cela du peau à peau et c'est une pratique très répandue désormais dans les maternités, en France, comme ailleurs. Pour le présenter, on pourrait dire de lui qu'il était obstétricien. Mais ce serait très réducteur. C'était un poète, un humaniste, un penseur. »
-> ​ ici la suite de l'article et une vidéo.

Pour mon premier fils, je devais accoucher selon la méthode Leboyer. Ce ne fut pas possible, car il est né à sept mois, et fut mis rapidement dans une couveuse et transporté en urgence au centre des prématurés. Pour lui, le départ dans la vie ne fut pas très douce, elle fut même précipitée. Quant à moi, pour mon premier accouchement, j'aurais pu rêvé mieux également. Il fallut que j'attende huit jours (normalement c'était dix mais en signant une décharge j'ai pu gagner deux jours) pour aller le retrouver au centre des prématurés. Durant ces huit jours, vous l'imaginez bien, j'ai trouvé le temps affreusement long. Je voyais les autres mamans avec leurs bébés dans les bras, et moi j'avais les bras vides. Ce fut dur. J'avais juste une photo de lui sur ma table de nuit, photo que mon mari avait faite avec un Polaroïd*. Mon fils est resté un mois au centre des prématurés. Il devait atteindre ses deux kilos et demi pour sortir, il prenait très peu, il fallait le réveiller pour le nourrir, il ne réclamait pas. Nous allions le voir tous les deux jours, l'hôpital étant loin de chez nous, et à cette époque j'étais gérante d'un bureau de tabacs, je devais donc assurer l'ouverture du magasin (heureusement, ma mère et ma belle-mère ont été très présentes pour nous aider et c'était bien souvent elles qui me remplaçaient). Notre bébé n'arrivait pas non plus à stabiliser sa température. Les infirmières le mettaient tout près du radiateur, vêtu de plusieurs couches de brassières, mais rien n'y faisait. Finalement, ayant enfin atteint le poids des deux kilos et demi, on nous donna l'autorisation de le ramener chez nous, mais en nous conseillant bien de surchauffer la pièce dans laquelle il se trouverait. Nous avons donc ramené notre petit bout à la maison. Au début, comme on nous l'avait dit, nous chauffions les pièces à 26, 27°. Mais au bout de juste deux ou trois jours, notre petit bonhomme stabilisait déjà tout seul sa température ! Comme quoi, il avait en fait juste besoin de retrouver les bras aimants de sa maman, de son papa, il avait un énorme besoin de câlins et qu'on le prenne dans nos bras, il avait un énorme besoin d'amour, tout simplement...

Par contre, pour mon deuxième fils, l'accouchement selon la méthode Leboyer a été possible, le petit bonhomme ayant attendu les neuf mois de grossesse pour naître. Après l'accouchement, mon bébé a été placé directement sur mon ventre, pas de violence, pas de bruit, dans la pénombre, juste un immense bonheur et une intense émotion. Il n'a pas pleuré. C'est mon mari qui a coupé le cordon, et qui lui a donné son premier bain. Et toujours pas de pleurs, tout dans le calme, la douceur. Ce fut un moment inoubliable, sans doute le plus beau moment de ma vie. Les jours qui ont suivi, j'étais aux anges de pouvoir me promener dans les couloirs de la maternité avec mon bébé dans les bras, surtout que c'était un beau bébé et qu'on ne se privait pas de me le dire. Je me trouvais dans une chambre à deux lits, avec une autre maman et son bébé. Je me souviens, et j'en étais un peu gênée par rapport à elle, que les personnes qui venaient la voir, elle et son bébé, étaient attirées vers mon bébé à moi, et s'extasiaient devant lui, me faisant moults compliments... C'est vrai qu'il était beau, avec ses grands yeux bleus... Et combien j'ai apprécié de pouvoir le ramener à la maison avec moi, au bout des dix jours ! Je n'avais pas connu cela avec mon premier fils et je l'appréciais doublement.

Deux grossesses très différentes, deux accouchements très différents, deux fils très différents, deux fils que j'aime infiniment... (sourire)

*Ces appareils photos permettaient d'avoir une photo immédiatement sur papier.

17 commentaires:

  1. Merci Françoise pour ce témoignage et pour cet article. Heureusement qu'il a existé ce grand Monsieur. La violence et la souffrance infligée à tous les nouveaux né qui ont précédé ses pratiques sont de véritables actes de barbarie. On peut aussi se poser la question de savoir où étaient passé tous les moralisateurs qui ont découvert depuis que l'enfant est une personne, mais aussi l'embryon dans le ventre de sa mère.

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    1. Oui, Délia, heureusement qu'il a existé ce grand Monsieur.
      Merci de m'avoir lue. Bonne journée, et gros bisous.

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  2. Eh bien sans le savoir, j'ai accouché trois fois avec la méthode Leboyer...
    Et j'ai des films pour preuve !
    merci pour tes récits. Tu sais que je ne peux lire ou voir un accouchement sans avoir des larmes qui me montent aux yeux...
    Bisous ma belle Françoise
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Garde les précieusement ces films, Célestine.
      Merci à toi. Gros bisous.

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  3. C'est un billet très émouvant que tu nous livres ici. Le témoignage d'une maman qui parle avec amour de ses deux bouts de chou devenus grands. Comme Célestine, j'en suis très émue. Merci et bises alpines.

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    1. Merci Dédé. Gros bisous et un bon après-midi.

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  4. Ces deux histoires m'ont beaucoup touchée... surtout celle de ton premier accouchement : j'ai pensé à toi, à ce que tu as du vivre, ressentir durant ce long mois... heureusement, dans l'une et l'autre circonstance, tes fils ont eu une mère remplie d'amour et d'attention, un trésor à partir duquel construire, chacun à leur manière, leur vie d'homme. Je n'ai pas connu ça. Je suis une maman "fermeture-éclair". Le gynéco a ouvert, pris, recousu. Et heureusement, d'ailleurs, car on a trouvé le bébé avec deux fois le cordon autour du cou. Bravo et merci, Françoise, pour ce généreux partage de souvenirs... D.

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    1. Oui, heureusement pour ton bébé, Dad.
      C'est moi qui te remercie. Je t'embrasse.

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  5. Ton billet est très émouvant. La naissance est un acte magnifique. Donner la vie, ce n'est pas rien. Tes fils doivent être grands maintenant. J'espère qu'ils vont bien .

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    1. Oui, mes fils sont grands maintenant et ils vont bien, ils sont l'un et l'autre pères de deux garçons. :-)
      Merci Daniel.

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  6. Je n'ai pas eu d'enfants, et ne le regrette pas (ce serait inutile, et c'est pour ça... sinon j'en ai désiré un peu avant mes trente ans...). Oui les deux naissances sont bien différentes et ça devait être tellement amer de ne pas avoir ton bébé près de toi, de t'inquiéter, de le savoir petit et fragile...

    Ma mère m'a eue, et puis mon frère est né prématuré lui aussi à 7 mois, après qu'elle ait fait une chute en promenade. Comme ils étaient à la campagne... on était le 13 septembre, tu vas rire, on le trouvait faiblard et on l'a installé dans un grand fauteuil près de la fenêtre ouverte, ha ha ha! Mais heureusement le pédiatre de famille est venu et tel Zorro l'a sauvé. Un an en Suisse... pas tellement bien comme solution, car les parents étaient en Belgique, et le petiot ne les a pas vus souvent. Mauvais départ aussi, et pourtant... ses parents l'aimaient et n'ont pas hésité à payer bien cher cette pension au bon air de la Suisse (Villars).Non seulement il a survécu mais est un coriace emmerdeur :D

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    1. J'adore ta façon de raconter, Edmee !
      ¸¸.•*¨*• ⭐️

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    2. C'est vrai qu'elle raconte bien, Edmée ! :-)
      Pauvre petit bout de chou, séparé lui aussi de ses parents, mais apparemment il s'en est bien remis. ;-)
      Bises, Edmée.

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  7. Coucou Françoise tu es adorable, (comme toujours) tu expliques très bien la naissance de tes 2 fils, celui qui t'as manqué dés sa première heure de vie, et celui que tu as pu prendre de suite dans tes bras.J'adore trop trop. Des naissances différentes, avec au final le même amour de leur papa, et le même amour de leur maman♥ bisous Françoise

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    1. Merci pour ton mots si gentils, Marie ! :-)
      Bisous à toi aussi.

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  8. C'est, en effet un homme qui a beaucoup^apporté aux femmes. J'aime beaucoup la présentation de ton blog.Amitiés.

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    1. Merci Ariaga, c'est gentil.
      Amitiés à toi aussi.

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